À chaque rentrée, les mêmes priorités s’imposent : cahiers, crayons, sacs à dos, rendez-vous chez le dentiste, parfois même une visite rapide chez le médecin. Mais les yeux? Trop souvent négligés. Pourtant, 80 % de l’apprentissage passe par la vue. Un chiffre qui, à lui seul, mérite qu’on s’y attarde.
C’est exactement ce que fait la Fondation des maladies de l’œil (FMO), qui profite de la rentrée scolaire pour rappeler aux parents l’importance d’un dépistage précoce des troubles visuels chez les enfants. Et ce rappel est plus que pertinent : malgré le fait que l’examen complet de la vue est couvert par la RAMQ pour tous les jeunes de moins de 18 ans, la majorité des enfants ne consultent pas d’optométriste avant leur entrée à l’école.
«On estime à seulement 13% le taux de jeunes de 4-5 ans ayant passé un examen visuel avant d’entrer à la maternelle», indique Steve Lachance, directeur général de la FMO. «Ce sont pourtant des années critiques pour le développement de la vision.»
Un programme unique au Québec
C’est dans ce contexte qu’a été lancé, en 2019, le programme À l’École de la Vue. Ce programme de dépistage, unique en son genre, envoie directement des optométristes dans les écoles primaires publiques du Québec, principalement auprès des enfants de 4 à 5 ans.
Et les résultats sont frappants:
- 361 800 enfants dépistés depuis la création du programme.
- Plus de 124 300 référés pour un examen complet en clinique.
- Près de 174 000 enfants n’avaient jamais consulté un optométriste auparavant.
«Il ne s’agit pas simplement d’un test de base. Ce sont des professionnels qualifiés qui interviennent directement dans les écoles, ce qui élimine plusieurs barrières comme le manque de temps, d’accès ou d’information», souligne M. Lachance.
Une problématique qui gagne du terrain
Parmi les troubles observés, la myopie inquiète particulièrement les experts. Autrefois associée à l’adolescence, elle apparaît désormais de plus en plus tôt, dès la fin du primaire. Cette tendance, que l’on observe à l’échelle mondiale, pourrait toucher plus de 50% de la population mondiale d’ici 2050.
Les causes? Une combinaison de facteurs : usage excessif des écrans, manque de temps passé à l’extérieur, habitudes sédentaires. En réponse, les optométristes insistent: encourager les enfants à jouer dehors, réduire l’exposition prolongée aux appareils numériques, et bien sûr, consulter régulièrement.
Un enjeu d’équité sociale
Au-delà de la santé individuelle, la vision devient un enjeu de réussite scolaire et d’égalité des chances. Des études démontrent que 60% des enfants qui rencontrent des difficultés en lecture et en écriture souffrent d’un trouble visuel non diagnostiqué.
«Un enfant qui ne voit pas bien n’apprendra pas bien. C’est aussi simple que ça», rappelle le directeur de la FMO.