Il y a des rentrées politiques qui passent sous le radar, et il y en a d’autres qui marquent le début d’une véritable séquence historique.
Pour Jean-Sébastien Hammal et le chroniqueur Philippe Léger, c’est clair, le discours d’ouverture de François Legault lance le Québec dans une phase politique décisive, entre repositionnements idéologiques, luttes de leadership, et hypothèse référendaire.
Legault, en mode Rocky
En ouverture de la nouvelle session parlementaire, le premier ministre François Legault apparaît comme un homme en mission, quitte à foncer tête baissée. Très bas dans les sondages, contesté au sein même de son électorat, M. Legault semble avoir peu à perdre. Son discours de rentrée prend des allures de baroud d’honneur, remaniement ministériel, nouvelles orientations idéologiques, recentrage identitaire. «Troisième lien, troisième voie, troisième mandat, et peut-être… troisième référendum», résume Philippe Léger, en référence à une CAQ qui vacille mais qui n’a pas dit son dernier mot.
Parmi les changements majeurs annoncés, coupures dans la fonction publique, bras de fer avec les syndicats, renforcement de la laïcité, baisse de l’immigration. Le tout sous fond de virage conservateur assumé. Une stratégie de choc, destinée à reprendre le narratif d’un parti en perte de contrôle.
Le PQ de Plamondon: attention au pic prématuré
Du côté du Parti québécois, Philippe Léger alerte sur un danger bien connu en politique, celui de «pic trop tôt». Fort d’une avance constante dans les sondages depuis plus de 20 mois, le chef Paul St-Pierre Plamondon devra naviguer avec finesse pour ne pas s’essouffler avant 2026. L’enjeu est double, conserver l’appui populaire tout en élargissant son image de parti de gouvernement.
Le repositionnement du PQ sur des thèmes traditionnellement plus CAQistes, comme la réforme de la fonction publique ou la critique de la bureaucratie, est révélateur. Mais l’équilibre reste fragile, notamment dans la surenchère identitaire où la CAQ et le PQ semblent se livrer une course au nationalisme. Philippe Léger met en garde: «À force de frapper sur le même clou, le bois finit par paraître magané.»
Pablo Rodriguez au PLQ: un air sympathique, mais flou stratégique
L’arrivée de Pablo Rodriguez à la tête du Parti libéral du Québec a suscité un regain d’intérêt, voire une certaine curiosité. Mais derrière le capital de sympathie, l’analyste politique doute encore de la profondeur du projet. «Il traîne le boulet Justin Trudeau, et surtout, il est difficile de savoir ce qu’il pense vraiment. Il parle beaucoup, mais on ne sait pas où il veut amener le Québec.»
Pour Jean-Sébastien et Philippe, le PLQ devrait revenir à ses racines soit l’économie. L’exemple raté de Charles Milliard à la chefferie est cité comme un symbole d’une occasion manquée. «Le PLQ a longtemps été le parti du patronat, à Montréal et en région. Il doit retrouver ce lien avec les entrepreneurs et les gens d’affaires», souligne le chroniqueur Philippe Léger.
Une séquence politique cruciale
Si cette session parlementaire a l’allure d’une rentrée scolaire, c’est aussi, et surtout, le début d’une année charnière. Les partis affûtent leurs positions en vue de l’échéance de 2026. L’opposition se prépare à exploiter chaque faux pas du gouvernement. Et pendant ce temps, Legault, tel un boxeur vieillissant, tente un dernier assaut pour reprendre le contrôle du ring.
«Ce n’est pas juste une session, c’est une séquence politique cruciale, peut-être même historique», conclut Philippe Léger.
Le rendez-vous est donné, les prochains mois seront tout sauf tranquilles à l’Assemblée nationale.