Le plus récent sondage Léger publié ce matin confirme un bouleversement dans le paysage politique québécois, le Parti conservateur du Québec (PCQ) d'Éric Duhaime grimpe à 15% dans les intentions de vote, à un seul point derrière la Coalition avenir Québec (CAQ), tandis que le Parti québécois (PQ) reste en tête, et que Québec solidaire et les libéraux stagnent.
Invité à commenter ces résultats à l’émission Que l’Estrie se lève, l’analyste politique Philippe Léger n’a pas mâché ses mots: «Éric Duhaime est en train de gagner la bataille des idées.» Selon lui, plusieurs des politiques actuellement mises de l’avant par la CAQ affaiblissement des cibles environnementales, recentrage sur la réduction de la taille de l’État, attaques envers les syndicats sont directement alignées sur les positions que défend Éric Duhaime depuis des années, bien avant même son entrée en politique.
Si la montée du PCQ demeure concentrée dans la grande région de Québec, sa progression témoigne d’une dynamique inquiétante pour la CAQ, qui pourrait voir son électorat s’effriter des deux côtés de l’échiquier politique. Philippe Léger évalue le «plafond» d'Éric Duhaime à environ 18-20%, suffisant pour perturber l’équilibre des forces, mais insuffisant pour aspirer au pouvoir à court terme. Il note toutefois qu'Éric Duhaime n’est plus uniquement le chef d’un parti protestataire issu de la pandémie : il bâtit désormais une véritable formation politique structurée autour d’un projet de droite assumée.
La CAQ cherche un électrochoc… mais évite certains risques
En parallèle, le gouvernement Legault semble jouer le tout pour le tout en accentuant ses positions idéologiques. «La CAQ tente un coup de circuit, elle espère provoquer assez de tensions sociales pour se repositionner comme le parti de l’ordre», avance Philippe Léger. Une stratégie qui comporte des risques, particulièrement à l’approche des prochaines élections.
Mais là où le gouvernement choisit de foncer tête baissée sur certains fronts, il recule prudemment sur d'autres. Dernier exemple en date : l’annonce d’une mise sur pause du dossier santé numérique (DSN), une réforme majeure de la gestion des dossiers médicaux électroniques. Le projet, dont les coûts pourraient dépasser les 3 milliards $, est jugé trop risqué en ce moment politiquement. Même constat pour le projet SIFA-RH, visant à numériser la gestion interne du réseau de la santé.
«Ce genre de dérapage informatique, ça existe aussi dans le privé, mais on ne le voit pas. Dans le public, tout est sur la place publique. Mais il faut quand même se poser la question: est-ce que l’État a réellement les capacités de mener à terme ces grands projets numériques?», se demande Philippe Léger.
Une opposition de plus en plus fragmentée
Pendant que la CAQ se cherche une nouvelle direction et qu'Éric Duhaime monte, le Parti québécois maintient sa position de tête sans grandes fluctuations. Pour Jean-Sébastien Hamel, l’essentiel de la bataille se jouera désormais entre la CAQ et les conservateurs, dans un duel de plus en plus idéologique. Et pendant que certains tentent de faire un virage numérique, d’autres font plutôt un virage à droite.
Écoutez la chronique politique de Philippe Léger tous les matins à 6h30, du lundi au vendredi.
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