L'adoption sous bâillon de la loi spéciale sur la réforme de la rémunération des médecins a secoué la place publique ce weekend. Avec ses mesures qualifiées de «très très puissantes», notamment l'atteinte d'objectifs de performance sur 15 % du salaire, la fin des moyens de pression et un gel de rémunération jusqu'en 2028, le gouvernement Legault a clairement opté pour la manière forte.
Ce matin, l'animateur Jean-Sébastien Hammal reçoit notre chroniqueur politique, Philippe Léger, dans l'émission Que l'Estrie se lève, pour décortiquer les enjeux réels derrière ce bras de fer.
Changer le mode de rémunération: le bien-être du patient avant tout?
Depuis longtemps, les gouvernements tentent de réformer la rémunération à l'acte des médecins, un mode qui n'a jamais été très, très bon pour les patients». Philippe Léger soutient qu'il est difficile d'être en désaccord avec le fond de la réforme qui vise à lier la rémunération à la prise en charge de patients et à des objectifs de performance.
La question clé demeure : est-ce une mauvaise chose pour les « Québécois et les Québécoises qui attendent un médecin »? Le chroniqueur croit que si ces changements déplaisent aux fédérations médicales, ils pourraient, «en bout de piste», ne pas déplaire aux patients à terme.
«C'est sûr que c'est une loi qui est très très puissante dans son application. OK, ça on peut pas en douter.» – Philippe Léger
Menaces de désertion: «régime soviétique» ou réalité économique?
Face à l'adoption musclée de la loi, certains médecins menacent de quitter la province ou de se tourner vers le privé. Un tel discours, notamment l'image de «régime soviétique» utilisée par le président de la Fédération des médecins spécialistes, fait réagir Philippe Léger.
Il rappelle l'historique : la menace de désertion a toujours existé, y compris lors de la création de l'assurance maladie en 1970. Le chroniqueur s'interroge sur la crédibilité de ces menaces, notamment en comparaison avec les conditions des infirmières et des préposés aux bénéficiaires. Il dénonce une forme «d'exagération» visant à «tenir en otage un système».
Jean-Sébastien Hammal nuance: on ferait tous la même chose si l'on pouvait travailler à temps partiel pour un très bon revenu. Mais pour Philippe Léger, même si la colère des médecins est «légitime», la réforme est peut-être «une bonne chose» pour le patient, car à la fin, «il y a le patient là-dedans».
«Je me dis est-ce que les infirmières, est-ce que les préposés aux bénéficiaires font les mêmes menaces que les médecins?» – Philippe Léger
Trump, Carney et l'art de l'évitement
En fin de segment, la discussion bifurque vers un point de politique internationale captivant, l'« évitement» habile entre Mark Carney et Donald Trump lors d'un récent sommet en Asie.
Philippe Léger analyse les erreurs tactiques de la méthode Ford, les publicités anti-tarifs aux États-Unis, en pleine négociation. Il conclut que le Canada est aujourd'hui «dans une pire position de négociation» qu'il y a un an. Malgré la tentation de répondre avec une «rhétorique qui va dire ça n'a pas de sens» à l'approche de Trump, la réalité économique pour les PME en Estrie reste que leur «économie, c'est une question de géographie» , et les États-Unis sont leurs principaux clients.
Nous vous invitons à cliquer sur l'extrait pour écouter ce commentaire politique essentiel, où Philippe Léger aborde également la complexité de la diversification des marchés pour les entreprises estriennes face au géant américain.