Adieu Ti-Guy!

Adieu Ti-Guy!

J’ai rencontré Ti-Guy Émond pour la première fois en 1999. Je venais de commencer ma carrière radiophonique à CJMS 1040. J’avais un segment à l’émission Sur La Passerelle, animée par Nicolas Deslauriers. Mon bloc était à 16h45 et celui de Ti-Guy était juste avant le mien.

Je ne connaissais pas Ti-Guy, tout ce que je savais, c’est qu’il grugeait toujours mon temps d’antenne, car l’animateur n’arrivait jamais à l’arrêter: il était un véritable verbomoteur. Ses histoires étaient dures à suivre pour un jeune comme moi, qui avait appris à faire des chroniques radio à l’école. L’histoire devait avoir un début, un milieu et une conclusion.

Mais les histoires à Ti-Guy ne suivaient pas du tout cet ordre.

Avec le temps, je me suis lié d’amitié avec Ti-Guy car je me suis rendu compte que nous avions beaucoup de choses en commun. Nous aimions tous les deux passionnément le sport. Entre autres, la boxe, le baseball et les Expos, le Canadien et aussi les paris sportifs.

Étant donné que Ti-Guy assistait à pratiquement tous les matchs des Expos sur la galerie de presse, je n’ai pu faire autrement que d’apprendre à le connaître. Il arrivait avec ses bottes et sa chemise de cowboy, des jeans, un journal sous le bras et une bouteille de Pepsi dans l’autre. Je me demandais tout le temps comment il faisait pour relire ses notes qu’il écrivait directement sur son journal. 

Il me racontait de vieilles histoires de sport que lui seul ou très peu de personnes connaissaient et il me les racontait avec une couleur qui ne pouvait faire autrement que de m’accrocher. J'aimais les histoires de sport et je les aimais encore plus quand c’est lui qui me les racontait.

Guy était tellement passionné qu’il ne respectait presque jamais la règle du « no cheering in the press box ». Je ne me souviens pas combien de fois la relationniste des Expos Monique Giroux a dû le sortir de la galerie de presse, car un journaliste de l’équipe visiteuse s’était plaint de son enthousiasme. C’était souvent suite à un coup de circuit des Expos. Il arrivait au stade avec ses billets de Loto-Québec, et il ne misait jamais contre les Expos, donc quand Montréal faisait bien, il était fou de joie. Tellement que parfois on avait peur qu’il perde pied et qu’il tombe du balcon de la salle de presse.

Ti-Guy habitait dans un motel à Saint-Léonard, au coin des rues Lacordaire et Jarry. Je passais par là tous les soirs pour revenir à la maison, donc je lui faisais un lift tous les soirs jusqu’à la maison, et on jasait de sports. Après l’avoir déposé, je retournais chez moi dormir. Il n’était pas rare que Ti-Guy m’appelle à 2:00 du matin, pour me demander les résultats des matchs sur la côte ouest, pour savoir si son dernier billet de mise-o-jeu était gagnant ou pas. Et le lendemain le manège recommençait.

Guy était aussi présent au Centre Bell pour presque tous les matchs. Il aimait la bataille, disons que les joueurs comme Steve Bégin et Gino Odjick, il les adorait. Et quand ils se battaient, Ti-Guy se battait aussi sur la passerelle, il faisait du shadow boxing. Il était tellement dans le match qu’il avait l’impression lui-même de combattre.

À un certain moment donné, le Canadien a arrêté de lui donner accès à la passerelle, puis les Expos sont partis. Et j’ai perdu de vue Ti-Guy pendant un bout. On se croisait à l’occasion ici et là, surtout lors de conférences de presse de boxe. Il me disait toujours: «Je t’écoute Jeremy, tu fais vraiment un bon travail. J’adore t’écouter, ne lâche pas ton bon travail.»

Il me l’a dit souvent, je ne l’ai jamais oublié. Ses fils Jean-Marc et Danny ne rataient pas non plus une chance de me rappeler à quel point leur père m’aimait. Comment deux hommes si différents, lui bohème, moi cartésien, lui aimant la musique country, moi aimant la musique dance, avait-il pu aussi bien s’entendre? Nous avions 33 ans de différence, et pourtant ça cliquait.

Quand j’ai vu Ti-Guy pour la dernière fois, c’était l’été dernier aux funérailles de son frère. Ti-Guy était cloué à un fauteuil roulant et ne parlait plus. Il ne restait que les plus beaux yeux bleus qui faisaient sa marque de commerce. Je trouvais triste de voir qu’il ne pouvait plus parler, lui qui adorait jaser. Faire rire ses amis, il en faisait une mission.

Je pourrais raconter jusqu’à demain des histoires de Ti-Guy Émond, il était à ce point unique. Parfois, moi aussi je parle beaucoup à la radio et je me demande si je n’ai pas appris un peu de Ti-Guy. Si c’est le cas, c’est bien correct comme ça. J’ai adoré revoir depuis mercredi des images et des entrevues de ses meilleurs moments. On va s’ennuyer de toi Ti-Guy. Merci pour tous les bons moments que nous avons passés ensemble. Dommage que tu n’aies pas pu assister au retour des Expos comme tu le souhaitais tant.

Mais on aura une pensée pour toi quand à nouveau on entendra crier: «Play ball» à Montréal.

Bon repos, je suis certain que Jacques Beauchamp t’attend à bras ouvert.

Salut Ti-Guy…

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