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Grand Prix de Sakhir | Qui perd gagne, qui gagne perd…

Grand Prix de Sakhir | Qui perd gagne, qui gagne perd…

Qui est le véritable gagnant de cette course complètement déjantée ? Sergio Pérez, improbable vainqueur – il était dernier à la fin du premier tour – mais toujours sans volant la saison prochaine ? Ou George Russell, privé d’une victoire qui lui revenait de plein droit mais qui vient de prouver à Mercedes qu’il a l’étoffe pour piloter dans une écurie de pointe et qu’il mérite mieux que végéter chez Williams ?

Une chose est sûre : le choix du Pilote du jour aurait pu se décider à pile ou face. Personnellement, j’aurais choisi Pérez : remonter le peloton pour finir sur la plus haute marche du podium, il faut quand même le faire ! À la régulière, en plus : le pilote mexicain n’a pas profité d’éléments favorables comme la pluie ou une cascade d’abandons; il a gagné à la force du poignet, en collectionnant les scalps de ses adversaires. Même sans l’incroyable malchance des Mercedes, il aurait terminé sur le podium, ce qui était déjà un exploit. (Et aussi une compensation pour l’explosion de son moteur dans les derniers tours au même endroit, la semaine précédente…)

C’est finalement George Russell qui a gagné le vote populaire. Dans son cas, on peut parler d’un prix de consolation tant il était près d’une victoire. S’en ajoute un autre : il a marqué les premiers points de sa jeune carrière en F1. Ajoutons qu’il vient peut-être de bouleverser les plans de Mercedes.

Pas plus tard que la semaine dernière, tout semblait clair au sein de cette équipe : le renouvellement du contrat de Hamilton apparaissait comme une formalité, tandis que celui de Bottas a été prolongé en vue de la prochaine saison. Pourtant, le Finlandais est loin d’avoir été convainquant cette année; mais quand ton agent s’appelle Toto Wolff, ça aide. (Il n’y a qu’en F1 où on voit ce genre d’aberration : imaginez si Marc Bergevin était l’agent de Carey Price...)

Toujours rien pour Pérez

Et puisqu’il est question d’aberration, comment expliquer que Sergio Pérez n’a toujours pas de volant en vue de la prochaine saison ? Racing Point, on le sait, a choisi de le remplacer par Sebastian Vettel. Des tâcherons comme Giovinazzi, Latifi et Mazepin auront un volant en F1 la saison prochaine, mais pas Sergio Pérez – du moins, pas pour l’instant.

Pour des raisons que la raison ignore, Red Bull s’entête à vouloir garder Albon, encore décevant à Sakhir. Et le clan Verstappen (père et fils) s’opposerait, dit-on, à la venue de Pérez, lui préférant Hulkenberg. Trop content de revenir en F1, l’Allemand serait moins menaçant et surtout, plus docile. C’est, du moins, leur lecture.

Déséquilibre

Cette situation fait ressurgir deux problèmes : le retour en force des pilotes dits « payants », qui s’achètent littéralement un volant en F1; et le nombre trop restreint de volants disponibles. À une époque pas si lointaine, il y avait 24, voire 26 voitures sur la grille de départ; ceci permettait de mieux diluer des pilotes dont le talent était, règle générale, inversement proportionnel à la quantité d’argent qu’ils amenaient avec eux.

Avec seulement 10 équipes et 20 voitures, l’impact de ces imposteurs est plus grand. Et il le sera encore plus la saison prochaine avec l’arrivée (confirmée) de Mazepin chez Haas et celle, probable, de Tsunoda chez Alpha Tauri – deux pilotes qui bénéficieraient grandement d’une saison supplémentaire en Formule 2. (Cela dit, Latifi a disputé quatre saisons de F2 et ça ne l’a pas rendu meilleur. On ne peut pas transformer un percheron en cheval de course.)

Si Pérez ne trouve pas de volant pour la prochaine saison, l’image de la F1, déjà affectée par la présence grandissante de ces pilotes payants, s’en trouvera sérieusement amochée.

Sergio Pérez et Lance Stroll (Associated Press)

Source: Sergio Pérez et Lance Stroll (Associated Press)

Stroll, cible facile

Vainqueur improbable, podium improbable, pourrait-on dire; Esteban Ocon, brillant deuxième, et Lance Stroll ont aussi créé la surprise aujourd’hui. Les détracteurs du pilote montréalais diront qu’il a encore connu une séance de qualifications laborieuse et qu’il aurait dû devancer son coéquipier en course, puisque celui-ci s’est retrouvé en queue de peloton après un accrochage au premier tour.

Dans le cas de Stroll, il faut peut-être seulement revoir les attentes à la baisse. Le Canadien n’est clairement pas un surdoué comme Verstappen, Leclerc ou Russell; mais aujourd’hui, il a fait le travail qu’on attend d’un deuxième pilote, récoltant non seulement un podium mais les précieux points qui viennent avec (et qui amènent de l’argent dans les coffres de l’équipe).

Contrairement aux autres pilotes payants qui sévissent en F1, Lance Stroll a gagné des championnats dans les catégories inférieures (F4 et F3); et lorsqu’il est dans un bon jour, il prouve qu’il a sa place en F1. Au terme de sa quatrième saison, il ressemble de plus en plus à des pilotes comme David Coulthard et Giancarlo Fisichella, talentueux mais manquant terriblement de constance; totalement invisibles lors d’un Grand Prix et brillants lors de la course suivante. Deux pilotes qui ont presque toujours couru pour de bonnes équipes mais dont les carrières ont été parsemées de passages à vide.

Stroll est aussi une cible facile : les gens aiment casser du sucre sur le dos des gosses de riches. C’est la nature humaine, là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie, dites ça comme vous voulez… Mais soyons honnête : sa saison est-elle pire que celle d’Albon ? On ne compare pas des pommes avec des oranges, ici : ces deux pilotes disposent d’une bonne monture, qui se situe juste un cran sous les Mercedes. Certes, Albon n’est pas épargné par les critiques, mais elles sont moins féroces que celles dirigées vers Stroll. (Et je ne parle pas des réseaux sociaux…)

Qu’une écurie de pointe comme Red Bull garde Albon enverrait un bien mauvais message. Surtout si Pérez reste chez lui alors qu’au classement général, il est non seulement troisième, mais premier des pilotes ne conduisant pas une Mercedes ou une Red Bull. Tout ça conjugué à la prolifération des pilotes payants… Disons que la F1 s’est déjà mieux portée.

Fabi la nuit
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