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Le Grand Prix d’Abou Dabi ou l’anticlimax

Le Grand Prix d’Abou Dabi ou l’anticlimax

De ce Grand Prix ennuyant comme un dimanche pluvieux, il n’y a pas grand-chose à dire : première pole position et deuxième victoire cette saison pour Max Verstappen et Red Bull. Course sans éclat pour les pilotes Mercedes, qui ont sagement suivi le meneur pour l’accompagner sur le podium. Après le trio inusité de la semaine précédente, on a retrouvé les trois suspects habituels, mais pas dans l’ordre normal…

Règle générale, Hamilton monte sur la première marche du podium et Verstappen sur la troisième, avec Bottas comme inamovible second. Cette fois, c’était l’inverse.

Quand on conduit une voiture aussi dominante que la Mercedes, terminer sur le podium constitue le minimum syndical. Bottas et Hamilton donnaient l’impression d’avoir sélectionné le mode « pilotage automatique » tant ils ont offert une performance peu inspirée. On pensait que Lewis Hamilton, qui avait dû s’absenter de la course précédente après avoir contracté le coronavirus, allait être fouetté par l’étincelante performance de son remplaçant, mais il n’en fut rien.

Le champion du monde 2020 s’est contenté d’une balade du dimanche avec une anonyme troisième place. Et celui qui l’avait brillamment remplacé la semaine précédente, George Russell, a subi un dur retour à la réalité en reprenant le volant de sa Williams. Passer de la meilleure à la pire voiture du plateau doit être un violent anticlimax, comme le fut le Grand Prix d’Abou Dabi, épilogue soporifique d’une saison complètement folle.

Le problème Wolff

Lors de l’embauche de Valtteri Bottas chez Mercedes en 2017, Toto Wolff avait affirmé qu’il se retirait de l’équipe de management du pilote finlandais pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts. La vérité étant un concept abstrait en Formule 1, on sait que Wolff continue non seulement de gérer (avec Didier Cotton) la carrière de Bottas, mais aussi celle de George Russell, tout en étant le PDG de l’écurie Mercedes.

Cette situation surréaliste n’est pas une première en F1 : lorsqu’il dirigeait l’écurie Renault, Flavio Briatore était aussi l’agent de Fernando Alonso, Jarno Trulli et Giancarlo Fisichella. Or, tant Trulli que « Fisico » ont eu des volants dans une écurie de pointe alors que leurs états de services ne le justifiaient aucunement. Les fans de F1 se retrouvent dans le même film avec Wolff, qui place ses pions en fonction de ses intérêts personnels.

L’année dernière, Esteban Ocon, qui faisait partie de la filière Mercedes, a perdu une saison complète comme pilote d’essai chez Mercedes, alors qu’il avait brillé chez Force India lors des deux saisons précédentes. Bottas, lui, avait connu une saison misérable chez Mercedes, terminant 5e et ne remportant aucune victoire avec la meilleure voiture du plateau ! Son coéquipier, Lewis Hamilton, avait enfoncé le clou encore plus profondément en gagnant 11 courses, avec le championnat à la clé.

Dans l’univers impitoyable de la F1, Ocon aurait dû remplacer Bottas chez Mercedes. On connaît pourtant la suite : Bottas a eu droit à un prolongement de contrat (!) tandis qu’Ocon n’a pas disputé un seul Grand Prix en 2019.

Cette saison, Hamilton a gagné 11 courses, tandis que Bottas en a remporté deux. Encore une fois, dans un univers normal, où aucun individu ne cumule le rôle d’agent et de dirigeant d’équipe, George Russell aurait mérité d’être promu avec la grande équipe après sa convaincante prestation de la semaine dernière; il gaspille son talent chez Williams. Bottas, lui, serait le pilote idéal pour cette écurie en pleine reconstruction, qui profiterait de son expérience (et de son bagage technique). Contrairement à Red Bull ou Ferrari, Mercedes n’a pas d’équipe B, mais elle fournit des moteurs à Williams et Racing Point. Bottas resterait donc dans le sérail de Mercedes.

Ce serait le scénario idéal, pour Mercedes comme pour Williams. Or Toto, comme Flavio à l’époque, pense à lui d’abord, et ensuite à l’équipe. Cela dit, si le bureau de direction de Mercedes tolère ce genre d’aberration, comme celui de Renault fermait les yeux sur les magouilles de Briatore, c’est là qu’est le véritable problème.

The Associated Press | Le pilote québécois Lance Stroll, de l'écurie Racing Point

Source: The Associated Press | Le pilote québécois Lance Stroll, de l'écurie Racing Point

Deux Canadiens errants

La F1 est de moins en moins une méritocratie. Ce sera encore pire la saison prochaine avec la présence de Stroll, Latifi et Giovinazzi, combinée à l’arrivée de Mazepin et celle, probable, de Tsunoda. Oui, nos deux fringants Canadiens font, hélas, partie de ces pilotes qui tirent la F1 vers le bas.

Du lot, Lance Stroll apparaissait comme le plus prometteur, après avoir tout gagné en F4 et F3. Ce palmarès lui a permis de passer directement en F1, mais au terme de sa quatrième saison, le constat est décevant. Sa jeunesse et son inexpérience pouvaient justifier sa première saison laborieuse, au cours de laquelle il a été dominé par un coéquipier, Felipe Massa, qui avait connu ses meilleurs jours et se dirigeait vers la retraite. La saison suivante fut carrément atroce, mais cette fois, c’est la médiocrité de l’écurie Williams qui pouvait excuser le pilote montréalais.

Son père a racheté Racing Point, amenant fiston avec lui. Cette fois, il n’y aurait plus d’excuses : ni le manque de moyens financiers ni la qualité de la monture. On connaît la suite : Sergio Pérez a dominé le fils du boss à tous les chapitres.

Pour cette ultime manche de la saison 2020, Stroll avait une chance de faire amende honorable : pénalisé pour un changement de moteur, Pérez partait en fond de grille. Racing Point avait une mince avance sur McLaren pour la troisième place au championnat des constructeurs et tous les espoirs reposaient sur Lance Stroll. Égal à lui-même, il a été évanescent tout le week-end : qualifié 8e, il a terminé la course au 10e rang, récoltant un maigre point. Pendant ce temps, les pilotes McLaren terminaient 5e et 6e, coiffant racing Point sur le fil pour la 3e place au championnat (et les millions de dollars qui viennent avec).

Le cas Latifi est encore plus navrant : abonné à la dernière place, en qualifications comme en course, il a même réussi, ce week-end, à se qualifier derrière un pilote au palmarès plus mince que le sien (ce qui n’est pas rien), qui en était seulement à son deuxième départ en F1.

Nos deux Canadiens, il faut bien le dire, sont la risée des amateurs de F1, qui les ont rebaptisés Lent Stroll et Lentifi. Et, ils ne montrent aucun signe de progression... Pourtant, ils sont assurés d’avoir un volant la saison prochaine, contrairement à Sergio Pérez. Et Nico Hulkenberg.

Alors, non, la F1 ne peut plus prétendre qu’elle est le pinacle du sport automobile. Plus que jamais, l’argent et la politique prévalent sur le talent.

Il faudra plus qu’une bonne téléréalité sur Netflix pour ne pas perdre des amateurs.

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