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Le dossier d'Anthony Ouellet

Où va votre argent lorsque vous donnez à une fondation?

Où va votre argent lorsque vous donnez à une fondation?
Le dossier d'Anthony Ouellet / Cogeco Média

Quel pourcentage de vos dons se rend à la cause lorsque vous donnez à une fondation en Estrie? Le 107,7 Estrie a analysé les performances de huit organismes bien connus de la région pour tenter une réponse à cette question.

Ce portrait est loin d'être exhaustif : plus de 400 organismes de bienfaisance, dont beaucoup sont de nature religieuse, sont enregistrés à Sherbrooke seulement. Par contre, les huit organismes que nous avons étudiés sont bien connus en région et ont récolté, ensemble, plus de 31 millions en dons pour l'exercice financier 2024. 

Les fondations scrutées sont celles du CHUS, de l'Université de Sherbrooke, Rock-Guertin, du Centre jeunesse de l'Estrie, Justin-Lefevbre, pour les élèves du CSSRS, ainsi que la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Sherbrooke (archidiocèse) et Centraide Estrie.

La donnée que nous calculions était le taux de dépenses sur chaque dollar récolté lors des collectes de fonds. Il s'agit d'un chiffre aisément calculable à l'aide de données publiques obligatoirement divulguées par les fondations à l'ARC.

La moyenne de ces huit organismes se situe à 23%. Autrement dit, sur un dollar de don, 23 cents s'en vont dans les dépenses.

Trois fondations étudiées sont toutefois dans les marges : celles du Centre jeunesse de l'Estrie (7,34%), de l'UdeS (3,12%) et, de l'autre côté, la fondation Justin-Lefebvre (66,58%).

Ce sont ces cas que nous avons regardés plus en profondeur.

Pourquoi?

La Fondation du Centre jeunesse de l'Estrie n'a pas souhaité accorder d'entrevue. L'autre fondation surperformante, celle de l'UdeS, doit ses bonnes données à sa notoriété et son fort réseau de contacts, notamment, estime son directeur général, Pascal Grégoire.

«Notre réseau est constitué de gens qui ont la chance d'être bien positionnés dans différentes organisations, également des personnes qui peuvent avoir des carrières intéressantes et des moyens financiers différents. On essaie de mettre tout ça à contribution. […] Il y a des donateurs qui souhaitent faire la différence dans des projets précis et qui donnent généreusement des dons significatifs», explique-t-il.

Ces dons significatifs peuvent atteindre des centaines de milliers, voire des millions de dollars, précise-t-il.

De tels dons majeurs, la Fondation Justin-Lefebvre n'en reçoit pas, indique Benoît Lefebvre, porte-parole et membre du CA de la fondation. Son organisme, plus jeune et plus petit que la Fondation de l'UdeS s'en remet beaucoup aux événements pour se faire connaître et amasser des dons (tournoi de golf, parties de hockey, etc.).

Ces événements sont par nature plus coûteux, explique le professeur agrégé de l'École de gestion de l'UdeS, Lionel Bahl.

«Le cas classique du souper spaghetti : il faut toujours bien louer la salle et payer le spaghetti», image-t-il.

Benoît Lefebvre en est conscient, mais mentionne que tous les événements dégagent un profit, donc des dons pour la cause, et qu'il serait impossible pour la fondation d'obtenir autant de dons qu'elle le fait par une autre méthode. Par ailleurs, les dépenses sont épongées à même les coûts d'inscription aux événements (qui sont aussi comptabilisés comme des dons auprès de l'ARC), ce qui laisse tous les dons individuels suivants intacts.

Malgré tout, M. Lefebvre aimerait que sa fondation, en vieillissant et en grandissant, présente un meilleur équilibre dans ses sources de financement. Pour Pascal Grégoire, la Fondation de l'UdeS ne peut se passer de cet équilibre, elle qui utilise encore des événements, quoique moins nombreux, pour réseauter et agrandir son réseau de contacts. Ces événements affichent par ailleurs un taux de dépenses par dons beaucoup plus élevé que celui de la Fondation en général.

Selon le Pr Bahl, cet équilibre est important à trouver. Il donne l'exemple des organismes qui dépendaient des dons par la poste et qui ont souffert lors des grèves de Postes Canada.

«Je crois que c'est une bonne chose pour une fondation de diversifier ses différentes sources de financement», dit-il, ajoutant toutefois concevoir que «pour les fondations plus jeunes, ils ont un défi de se faire connaître», ce qui peut signifier un recours plus important aux événements dans les premières années.


Écoutez le dossier d'Anthony Ouellet

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