Une situation étrange a présentement lieu dans les services de santé mentale du CIUSSS de l'Estrie-CHUS. Jamais, depuis 2023, l'établissement n'a-t-il donné autant de services en santé mentale, mais jamais n'a-t-il fait face à une aussi longue liste d'attente, sur cette même période de temps. Comment expliquer cette situation?
Entre le 1er avril 2025 et le 7 mars 2026, en Estrie, 3780 patients avaient reçu un service de première ligne en santé mentale. Il s'agit d'une hausse de 4% depuis la même période l'an dernier et du plus haut total sur cette même période depuis 2023.
À l'inverse, 929 personnes sont toujours sur la liste d'attente pour un service en première ligne, le plus haut total depuis au moins avril 2021, donc depuis que cette statistique est compilée.
La hausse des besoins, tout simplement, expliquerait cette situation. Selon la directrice des programmes de santé mentale et en dépendance du CIUSSS, Gaëlle Simon, cette hausse est, à certains égards, une bonne chose, car elle signifie que les gens sont de plus en plus enclins à solliciter de l'aide. Par contre, elle met beaucoup de pression sur les équipes, qui s'arrangent quand même pour limiter les dégâts et éviter le pire.
«Les demandes montent beaucoup du côté de Sherbrooke et Granby», évoque-t-elle.
Meilleure organisation du travail
Malgré tout, elle se réjouit de voir, statistiques à l'appui, que les équipes en santé mentale en font plus. Une meilleure organisation du travail, par divers moyens, mais aussi un rapprochement des soins «vers les besoins de la population» - soit un virage communautaite - pourrait permettre, selon elle, de résorber un peu les listes d'attente.
Le CIUSSS veut notamment aller agir directement sur le terrain ou chez les gens pour minimiser le risque de dégradation lors d'une situation qui touche la santé mentale et éviter la désormais classique congestion hospitalière.
Mais attention : l'ajout de services pourrait aussi avoir comme conséquence... d'augmenter la liste d'attente à laquelle ils s'attaquent. Le psychiatre au CHUS et clinicien-chercheur à l'UdeS Jean-Daniel Carrier voit ce risque.
«C'est certainement important d'aller rejoindre des gens, mais il faut réaliser que ce sont des gens qui ne sont pas actuellement sur la liste d'attente», explique le Dr Carrier, qui s'intéresse dans ses recherches à l'organisation des services en santé mentale. De ce fait, ces patients s'ajouteront donc à la liste d'attente.
Meilleurs partenariats
Un indicateur intéressant, selon lui, est le nombre moyen de jours d'attente pour un service. À ce chapitre, l'Estrie se situe à 36 jours, contre 31 pour la moyenne provinciale.
Pour s'attaquer à cette donnée, de meilleurs partenariats entre le réseau public, les décideurs, le privé et le communautaire permettraient de créer des conditions gagnantes afin de soigner plus efficacement et vite les personnes qui en ont besoin.
Écoutez le dossier d'Anthony Ouellet.