L’édition 2025 du Panorama des finances publiques du Québec propose un regard éclairant sur l’état des finances publiques au Québec, au Canada et à l’international. Pour en discuter, l’animateur Steve Roy recevait Luc Godbout, fiscaliste et titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.
Le document, publié par l’École de gestion, est une vaste mosaïque de données, de graphiques et d’analyses budgétaires. Il se divise en trois grandes sections : la situation budgétaire actuelle du Québec et du Canada, la comparaison avec les autres provinces, et enfin, un regard international en comparaison avec les pays de l’OCDE.
Un déficit fédéral inquiétant
Du côté fédéral, le professeur Godbout souligne un flou préoccupant. Le dernier véritable portrait financier date de décembre 2024, moment où l’ex-ministre Freeland a quitté ses fonctions le jour même d’une mise à jour économique. Depuis, aucune donnée officielle n’a été publiée, même si les promesses électorales du Parti libéral et les nouvelles dépenses indiquent une explosion du déficit.
«On parlait de 42 milliards, mais certains analystes avancent maintenant un déficit entre 62 et 92 milliards pour la même année », indique Godbout. Ce déficit s’ajoute à une dette nationale déjà colossale, dépassant les 1600 milliards de dollars. Un tel niveau d’endettement, sans signaux clairs de retour à l’équilibre, pourrait éventuellement mener à une dégradation de la cote de crédit du Canada»
Du côté québécois, le portrait est plus stable, mais loin d’être rassurant. Le Québec prévoit un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030, ce qui en fait l’échéancier le plus éloigné parmi les provinces. Pour y parvenir, le gouvernement s’est engagé à maintenir une croissance des dépenses sous les 2%, une discipline budgétaire rarement observée au cours des dernières décennies.
«Il y a un plan, mais la route sera difficile», admet Luc Godbout, notamment dans un contexte préélectoral.
Fait intéressant, l’analyse du panorama montre que, depuis 1990, le Québec dépense 17% de plus par habitant que la moyenne des autres provinces. Cette décision de société implique évidemment une pression plus forte sur la fiscalité.
Des choix incontournables à venir
Selon Luc Godbout, les gouvernements devront faire des choix difficiles. «On ne peut pas constamment vouloir améliorer les services publics, baisser les impôts et refuser de revoir nos méthodes. Ça ne tient pas la route à long terme.» Il déplore que le discours politique actuel, tant à Québec qu’à Ottawa, promette simultanément plus de services et moins de taxation, sans réel plan structurel.