Alors que la campagne municipale bat (mollement) son plein dans plusieurs grandes villes du Québec, un récent sondage commandé par le Journal de Montréal et le Journal de Québec vient mettre en lumière une réalité peu enthousiasmante, les électeurs semblent désengagés, désintéressés… voire carrément indécis.
À Montréal, où les électeurs ont déjà assisté à des duels marquants, - on se rappelle encore du face-à-face Coderre-Plante - la présente campagne peine à susciter l’enthousiasme. Avec près de 48 % d’indécis, la ville affiche un niveau d'engagement électoral historiquement bas.
Pour Philippe Léger, analyste politique, cela reflète non seulement une course terne, mais aussi une forme de désenchantement envers la politique municipale: « L’indécision est souvent synonyme d’ennui », affirme-t-il.
Ce manque d’intérêt semble généralisé à l’échelle de la province, bien que certaines villes vivent des dynamiques locales plus animées.
La fin d’un cycle pour plusieurs maires progressistes?
Depuis 2021, un virage progressiste s’est opéré dans les grandes villes du Québec, Montréal, Sherbrooke, Québec, Laval, Longueuil, Gatineau… toutes ont élu des maires issus de mouvements plus à gauche. Une tendance qui s’inscrit dans un phénomène mondial, où le progressisme se concentre dans les centres urbains, même si la gauche perd du terrain à l’échelle nationale, au profit de la droite conservatrice et populiste.
Mais voilà que ce cycle semble sur le point de se refermer. Plusieurs figures marquantes de ce mouvement ne se représenteront pas. Valérie Plante à Montréal, Évelyne Beaudin à Sherbrooke. Est-ce le signe d’un désaveu ou d’un essoufflement? Les urnes du 2 novembre pourraient bien donner le ton d’une nouvelle ère politique municipale.
Sherbrooke: plus dynamique, mais incertaine
À Sherbrooke, la campagne est un peu plus vive. Plusieurs candidats bien connus se disputent la mairie, à commencer par Marie-Claude Bibeau, ex-ministre fédérale, qui se lance dans l’arène municipale.
Elle affrontera, entre autres, Vincent Boutin, ex-conseiller municipal, Guillaume Brien, directeur général à la Fédération des coopératives d'habitation de l'Estrie, et le conseiller municipal Raïs Kibonge qui devenu chef du parti municipal Sherbrooke citoyen.
«C’est une rare situation où les principaux candidats sont déjà connus du public, ce qui pourrait réduire le taux d’indécision», observe Philippe Léger. Et cette notoriété, combinée à un carnet d’adresses bien garni, pourrait avantager des figures comme Bibeau, même si l’étiquette Trudeau pourrait peser.
Reste à voir si le parti Sherbrooke Citoyen, plus progressiste, survivra à l’après-Beaudin. Le nouveau chef, Raïs Kibonge, tentera de maintenir le cap, mais la transition s’annonce difficile.
Postes Canada: une grève au mauvais moment?
En parallèle des enjeux municipaux, un autre dossier a retenu l’attention cette semaine : la grève déclenchée par les employés de Postes Canada, en pleine réforme du service postal. Alors que la société de la Couronne accumule les pertes, près de 5 milliards sur sept ans. Suite à ce constat, Ottawa a décidé de revoir le modèle. Moins de livraison à domicile, recours accru aux boîtes postales communautaires, et fermetures annoncées de bureaux ruraux.
Mais la réaction syndicale, soit une grève générale illimitée, a de quoi surprendre. Pour Philippe Léger, cette stratégie est difficile à justifier: «C’est comme tirer dans sa propre chaloupe. À un moment où le service public est menacé, perturber encore plus les opérations ne fait qu’accélérer la perte de confiance des usagers.»
Il s’interroge plus largement sur le rôle des syndicats, parfois pris entre leur mandat de protection des travailleurs et des engagements plus larges, voire politiques. «À force d’être partout, ils risquent de ne plus être efficaces nulle part.»